jeudi 27 mars 2014

VIVRE HEUREUX ET MOURIR JEUNE

Article fantastique de Rene Jackson du 20 aout 2013 sur mondoblog.org, mais toujours d'actualilité au Cameroun.
A moi tout seul le pactole...
 On dit qu’on ne cueille pas l’argent des arbres, comme de vulgaires papayes. Le livre de la Genèse dit même qu’on mangera son pain à la sueur de son front. Soit. Personne ne cueille des billets de banque des arbres, mais toujours est-il qu’il existerait une catégorie de gens qui, chaque matin, trouvent des liasses de billets frais sous leur oreiller. On a donné une dénomination à ce type de personnes : les « vivre heureux et mourir jeune ». Il s’agit d’individus qui, au lieu de subir une interminable vie de misère, ont délibérément choisi d’écourter leur passage sur terre. En échange d’une existence à cent à l’heure, faite de jouissances de toutes sortes. On serait tenté d’y assimiler les voleurs, les faussaires, les trafiquants de tout poil, les prostituées, les groupies et j’en passe. Que non ! Au Cameroun, les vivre heureux et mourir jeune sont ceux qui passent par des moyens qui ne sont pas de notre monde, souvent d’outre-tombe, pour s’enrichir.

Qui est alors un vivre heureux et mourir jeune ? C’est quelqu’un qu’on a conditionné. C’est-à-dire qui, en contrepartie d’une quantité infinie d’argent, doit accomplir des actes qui sortent de l’entendement. Voilà comment on les reconnaît :

Ils coïtent à tout va

Il faut ici distinguer l’amateur(trice) de fous ou de folles, de vierges, de carrefours, de cimetières et même de cadavres.

Lieu-dit Terminus St Michel. Il y a, à cet endroit, un ancien abribus qui a été investi par nombre de personnes handicapées mentales. Pour faire simple, tout le monde les appelle fous. La présence des fous à cet endroit de la ville attirait à une époque une curieuse caste : celle des personnes qui garaient leurs grosses berlines, en descendaient, relevaient leur jupe ou baissaient leur pantalon et allaient copuler avec le fou ou la folle qu’ils trouvaient là, au vu et au su de tous. Leur petite affaire terminée, ils remontaient dans leur auto et s’en allaient. Selon certains, par ce geste, ils venaient de s’assurer quelques mois ou années d’opulence.

Il en est de même avec le chasseur de vierges. Lui, il sévit partout. La précocité sexuelle de nos jeunes a causé bien des soucis. On ne peut plus parier sur l’innocence d’une demoiselle lorsqu’elle a déjà passé le cap des douze ans. La conséquence étant que les amateurs de terrains non encore conquis se retrouvent obligés d’aller fouiller l’entre-jambes des fillettes, parfois âgées de moins d’un an.

Allez sur "Plus d'infos" pour lire la suite.

Si un jour, vous croisez deux individus en plein ébats au milieu d’un carrefour, fermez les yeux de votre bambin et continuez votre route. Ce sont là deux personnes qui son train de fabriquer leur richesse. Idem si vous vous retrouvez nez-à-nez avec un couple qui s’envoie en l’air sur une tombe dans un cimetière. Les plus bizarres ce sont ces gens qui vont dans les morgues sauter les macchabées

Ils vendent les leurs à tour de bras

Qu’un homme perde son épouse, de quelle que manière que ce soit, il est le premier suspecté. Qu’elle ait succombé d’une maladie chronique ou qu’elle soit morte des suites d’un accident de la circulation, on porte des regards accusateurs sur lui. Il en est de même si ses enfants crèvent. Immanquablement, quelqu’un dans un commentaire sortira : « pourquoi plaignez-vous son sort ? Il a vendu sa femme et ses enfants. Vous pensez que tout cet argent qu’il a provient d’où ? » Si vous posez la question de savoir à qui il les a vendus à celui qui sort une ânerie pareille, la réponse sera simple : « à ceux qui l’ont conditionné non ? »

Quand tu perds femme, enfants et que par contre tu deviens misérable, ce n’est pas le chagrin qui te consume. C’est que ton sacrifice n’a pas été accepté – ou n’est pas suffisant. Tu remarqueras alors que tu ne reçois plus de visites. Personne n’ose plus s’approcher de toi, de peur d’être le prochain sur ta liste macabre. Et quand tu finis par décéder, personne n’est surpris. « Voilà, il ne pouvait plus donner personne. Sa malchance là l’a pris lui-même ».

Autrefois, un homme s’était écroulé et est mort de suite. Sa maison a été vidée par sa femme dès la fin des obsèques. On nous raconta bien après qu’il avait pour ambition vendre sa femme et ses enfants afin de s’enrichir. L’épouse, ayant senti le coup venir, était allée se blinder* avec ses enfants. Ne pouvant plus atteindre ceux-ci, le sort funeste s’était retourné contre l’homme.

Que deviennent toutes ces personnes vendues ? Eh ben, elles partent travailler ! C’est ainsi qu’il y a quelques années, un faux revenant a réussi à faire croire aux esprits crédules qui ne manquent pas à Douala que pendant son bref voyage de l’autre côté, il avait été au Brésil. Il affirmait avoir vu Marc-Vivien Foé qui labourait dans un champ, tandis que Kotto Bass y jouait de la guitare. Ce qui corrobora derechef l’hypothèse de ceux qui avaient vu dans le mort subite de ces deux jeunes un phénomène qui était tout sauf naturel. Il s’avéra plus tard que le revenant était en fait un malade mental qui ressemblait juste à un homme décédé auparavant.

Ce sont les passagers des avions de nuit

Ils ont défrayé la chronique à Douala il y a quelques années. Il ne se passait pas un mois sans qu’ils ne se manifestent. L’histoire est immuable : une paisible famille est réveillée en pleine nuit par le bruit d’une masse s’écrasant sur le toit de son habitation. Quand les concernés sortent pour savoir ce qui leur était tombé dessus, ils découvraient une jeune femme. Qui vieillit à vue d’œil. Elle aurait été éjectée en plein vol de la boîte de sardines qui leur servait d’avion. Où allait cet avion ? Généralement, il volait vers le Nigéria voisin. Selon ceux qui ont été témoins de ces scènes, la vieille personne rabougrie que la police emmenait au petit matin n’avait plus rien de commun avec la jeune fille du départ. N’ayant jamais été personnellement témoin, j’ai toujours préféré considérer ces histoires comme étant des fables urbaines.

Ils (surtout elles) nous offrent des strip-teases gratuits

Ceci par contre n’a rien d’une fable. Aujourd’hui encore, on assiste encore à ces scènes étranges de personnes apparemment bien constituées qui se mettent à poil en pleine rue. Mais parmi toutes, on retiendra à jamais ces images "délicieuses" que nous a offertes un jour de 2010 cette jeune femme de vingt-trois ans à la Douche Municipale de Douala. Elle avait stationné un 4×4 tout neuf, en était descendue, s’était désapée sous les yeux éberlués des nombreux badauds qui peuplent tout le temps cette place. Ils n’en demandaient pas tant, ils se sont rincé les yeux. Cette partie de la ville a connu un embouteillage faramineux parce que beaucoup qui entendaient seulement parler de ces strip-teases particuliers étaient descendus de leur voiture et des taxis pour voir de leurs yeux ce spectacle qui sortait du commun. La demoiselle, elle, faisait comme si de rien n’était. Elle a offert sa féminité aux yeux de tous pendant une demi heure. Les policiers avaient eu du mal à se frayer un chemin au milieu de la cohue qu’elle avait occasionné. Et entre-temps personne n’avait osé intervenir, de peur de subir le courroux de la main invisible qui la commandait.

Ils se suicident

Puisque la vie de ces vivre heureux et mourir jeune doit se terminer et ce bien vite, ils se suicident. Enfin, c’est ce qui se dit. Sinon, selon certains, comment expliquer que le pont qui traverse le Wouri soit devenu l’endroit que choisissent la plupart de ces gens pour mettre un terme à leur existence ? On peut bien être sceptique, mais quand on voit les autos desquelles la plupart des suicidaires descendent avant d’enjamber le parapet et se jeter dans le vide, on est en droit de se poser des questions. Comment une personne qui est capable de posséder une auto réservée seulement à une petite élite de camerounais peut-elle décider de mettre fin à ses jours, si cela ne faisait pas partie des conditions ?

Personnellement, je n’ai aucun problème avec ceux qui choisissent mettre un terme à leur existence. Mais le fait de choisir pour ça le seul pont qui relie les deux parties d’une ville coupée par un fleuve et d’ainsi provoquer d’énormes embouteillages parce qu’il faut repêcher le corps, j’y goûte très peu.

Par René Jackson

*se blinder : se protéger d’attaques mystiques

2 commentaires:

  1. Incroyable, mais Vrai car ce sont nos tristes realités de tous les jours" Vivre Heureux et mourir Jeune"

    RépondreSupprimer
  2. En tout cas, ils n'ont qu' a vivre heureux et mourir jeune. Moi j aime ma vie. Je veux vivre longtemps deeeeeeeeeh.

    RépondreSupprimer